village près de l'Aigoual
L'Espérou
Texte et recherches iconographiques : Elisabeth Daudemard-Grégnac
Toute la montagne était peuplée, cultivée et sillonnée par des voies de communications rustiques mais bien entretenues. Aux antiques drailles s'étaient ajoutées les voies gallo-romaines. Ce n'est qu'au 18e siècle que furent construites les principales routes. Certaines voies de transhumance, dès le Haut Moyen Age, avaient été aménagées, très bien empierrées, malgré le climat et le relief, pour devenir des chemins de char. Les chemins muletiers empruntaient aussi des tracés très anciens; ils ont subsisté jusqu'à l'apparition des chemins de fer et l'aménagement des routes dans le fond des vallées.

Pierre Plantée de la forêt de Miquel.
Des pierres plantées, menhirs, cairns, montjoies, puis des pierres gravées en creux (quelques-unes sont encore en place) jalonnaient ces chemins et signalaient les lieux-dits et les villages les plus proches en kilomètres et heures de marche.
Parce que les besoins se diversifiaient, surtout à partir du 19e siècle, les échanges devenaient plus nécessaires. La petite cellule familiale éclatait vers le village, la paroisse et la région. Les échanges étaient multiples, liés tant à la vie communautaire et agricole, qu'au développement culturel et social.
Tous parcouraient ces chemins : troupeaux, voyageurs, paysans se rendant en famille aux foires ou chez la parentèle dans les fermes et villages des environs, ceux qui allaient travailler à la mine, à la fonderie, à la verrerie, au four à chaux, chez le paysan artisan spécialisé dans une fabrication particulière (vannier, sabotier, menuisier,...) indispensable à la vie en autarcie de la montagne.
Route de l'Aigoual.
Sur une carte, il est aujourd'hui frappant de constater qu'il n'y avait guère plus de 2 à 3 kilomètres au maximum d'un habitat à l'autre sur tout le massif de l'Aigoual et du Lingas. En temps de paix l'insécurité des chemins, très fréquentés, devait surtout être due aux intempéries et à la présence des loups. Certaines fermes isolées accueillaient les voyageurs pour la nuit. Quelques-unes étaient de véritables auberges comme la baraque de Ribot sur la route du Vigan au Minier, ou la ferme de la Serreyrède à la triste mémoire.

Les muletiers, transporteurs au verbe fort et au costume
coloré, jouaient un rôle capital dans cette économie traditionnelle. Ils
assuraient presque l'intégralité des échanges entre bas et haut pays, entre
Languedoc et Gévaudan.
Ils acheminaient vers la montagne l'huile d'olive, le sel, les fils de soie,
les étoffes, et en redescendaient du bois, les tonneaux vides, les étoffes
de cadis, le seigle, le sarazin, les châtaignes, les légumes secs, la viande
salée et les fromages.
Ils s'arrêtaient dans les auberges de village ou dans les fermes et hameaux
isolés. Ils dormaient dans la paille des granges et laissaient un petit
pécule. Leur passage était toujours attendu et apprécié.
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Georges
Fabre et le reboisement